Que ce soit les blogs à l’esthétique gothique recherchée sur Tumblr, les photos de tarot sur Instagram, ou encore (exemple le plus représentatif de tous) les boutiques occultes sur Etsy… Les sorcières sont désormais partout, conquérant peu à peu internet de leur présence discrète et bienveillante. Après des siècles à subir la persécution religieuse et sociale, cette figure mythique féminine n’a jamais eu autant le vent en poupe qu’aujourd’hui. Que pouvons-nous dire sur cette sorcière 2.0, pour qui les nouvelles technologies ne sont pas incompatibles avec les arts occultes ? Effet de mode ou véritable reconquête d’une identité trop longtemps réprimée ?

La sorcière, incarnation du mauvais rôle depuis toujours


S’il y a bien quelque chose que l’on peut apprendre des différents mythes, c’est que la sorcière a toujours été une figure controversée. Par exemple (un parmi tant d’autres), Circée et Médée, deux figures emblématiques de la mythologie grecque, sont des femmes qui ont été poussées à la faute à cause de leur passion. Que ce soit l’amante répudiée ou celle animée par la luxure, ce sont leurs émotions de femmes faites, donc n’ayant ni l’innocence d’une enfant ni le calme et la tempérance d’une épouse, qui s’expriment aux travers de leurs actes et donc, qui les poussent à user de sorcellerie. On peut donc voir que les mythes fondateurs de toutes nos histoires européennes ont dépeint des sorcières puissantes mais dangereuses, ayant des connaissances mais les utilisant à mauvais escient. Et par la même, entaché profondément l’image de la femme spirituelle ou tout simplement indépendante.

Ce lourd héritage culturel se retrouve dans un seul et même exemple : celui du procès des sorcières de Salem. Il suffit de regarder les victimes : sur 19 victimes, seulement 5 sont des hommes.

Si l’hystérie collective a atteint tous les habitants de Salem Village, les femmes en sont restées les “désignées coupables”. De plus, penchons-nous sur le terme qui a été utilisé pour décrire les événements, bien que déjà existant, la “chasse aux sorcières”.

Si d’habitude, le masculin prend le pas sur le féminin dans la langue française en cas de pluriel, ici nous parlons d’un accord féminin pur. Les hommes ne peuvent pratiquer cette spiritualité païenne, seules les femmes peuvent être coupables de sorcellerie. De plus, nous parlons de “chasse”, sous-entendant l’inhumanité de ces personnes et donc désignant leur nature monstrueuse.

Le procès des sorcières de Salem n’a fait que mettre en exergue les représentations féminines péjoratives accumulées aux travers des siècles, servant de purgatoire à leur esprit teinté de puritanisme mais aussi de leçon pour le futur.

Ce que la sorcière doit à la pop culture

Aujourd’hui, les sorcières ont perdu en partie cette aura maléfique qu’on leur avait associée. Grâce au recul de la religion dans nos mentalités déjà, mais aussi grâce à la culture populaire qui s’est réapproprié le mythe.

Que ce soit la littérature de l’imaginaire, le cinéma, les jeux vidéos ou les séries, les sorcières sont désormais partout. Qui n’a jamais entendu parler de Galadriel, Hermione Granger, Sabrina l’apprentie sorcière ou même Maléfique ?

Omniprésente dans le paysage culturel moderne, la sorcière n’est plus une menace, mais une alliée de taille, puissante et libre, à l’égal de l’homme, n’ayant besoin de personne et voulant briser les codes établis.

La figure auparavant monstrueuse de la sorcière au nez crochu et verruqueux est en train de profondément se transformer, symptomatique d’un changement de mentalité quant à la représentation des femmes dans notre société.

Sorcières et féminisme


Mais cette renaissance dans la représentation culturelle n’est-elle pas la conséquence d’une prise de conscience féministe et d’une réappropriation de l’image de la femme ? Dans l’Italie des années 70, les féministes scandaient dans les rues “Tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour !”, ce à quoi les américaines ont rajouté “Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas brûlées”, référence directe au procès de Salem qui a laissé une nouvelle marque sanglante à l’histoire américaine. Les féministes aspirent au statut de sorcière afin de s’approprier son image de femme libre, indépendante et puissante, libérée du patriarcat et de ses contraintes. Ainsi, sorcières et féministes font désormais front commun dans un même but : s’affranchir des diktats de la société afin de vivre leur féminité comme elles l’entendent. Si toutes les féministes ne se considèrent pas comme des sorcières, toutes les sorcières, elles, sont féministes.

Effet de mode ou véritable mouvement ?

Elles se rassemblent donc sur internet, partagées entre différentes communautés et réseaux sociaux, coven moderne à l’ère du numérique. Mais cet engouement autour de la sorcellerie est-il un simple effet de mode facilité par l’omniprésence de la pop-culture ou bien une expression d’un réel changement dans les mentalités à propos de la place de la femme dans la société ?

Difficile à dire, tant les deux s’influencent mutuellement. Les jeunes filles se tourneront certainement vers des héroïnes aux pouvoirs surnaturels pour leur servir de modèle (quelle petite fille n’a jamais rêvé d’être Hermione Granger ?) et donc leur intérêt pour la sorcellerie viendra en premier lieu de la pop-culture mais en grandissant… Elles se tourneront peut-être vers une pratique plus sérieuse, souhaitant incarner les valeurs d’indépendance et de sagesse que leurs modèles littéraires et cinématographiques leur ont apportées. Ainsi, la pop-culture apporte l’effet de mode mais ses conséquences, elles, ont une véritable incidence sur la place que la femme s’aménage dans l’espace : plus que de vouloir pénétrer ceux déjà existant, les sorcières se créent les leurs sur internet afin de se rassembler, discuter et débattre, faire évoluer le féminisme ensemble et surtout… En renforcer l’influence. Si les sorcières ne sont plus considérées comme des rebuts de la société, c’est grâce à la multiplication des profils que l’on peut trouver sur internet. Elles ne sont plus ni vieilles filles, ni femmes célibataires et sensuelles… Ce sont des mères au foyer, des collègues, des micro-entrepreneuses, des étudiantes, etc. En bref, quiconque peut devenir une sorcière désormais, rendant ainsi l’ostracisme plus compliqué qu’à l’époque tant elles sont nombreuses et différentes.

En bref…


Le sujet est vaste et chacun de ses aspects pourrait faire l’objet d’un livre à part entière. Ici, ma volonté n’était que de vous apporter quelques pistes de réflexion sur un sujet qui me passionne et qui chaque fois m’étonne par sa richesse et sa complexité. Il y a toujours eu des sorcières, et il est fort probable qu’il en existe toujours… Image complexe et sans cesse revisitée, elle n’est que le reflet de la vision des femmes dans notre société et est donc amenée à évoluer encore. Que penseront les femmes dans deux siècles en voyant les sorcières qui nous servent de modèles aujourd’hui ? Seront-elles fières du chemin parcouru ou bien la femme spirituelle aura-t-elle radicalement changé de visage ? Je vous invite à vous questionner, la prochaine fois que vous lirez un livre ou regarderez un film fantastique, à ce qu’exprime le personnage de la sorcière… Mais aussi, à vous questionner sur l’auteur/réalisateur/scénariste à l’origine de cette image : plutôt JK Rowling ou Arthur Miller ? Mais surtout… Qu’est-ce que la figure de la sorcière évoque chez vous ?

Qui se cache derrière ces mots ?

Julie Noupier est actuellement étudiante en DN MADE (Diplôme National des Métiers d’Arts et du DEsign).

Elle est passionnée de cinématographie, de littérature et s’intéresse de près à la spiritualité et à l’ésotérisme.

Le thème de la sorcellerie, et plus précisément l’archétype de la Sorcière, est un sujet qui l’intéresse énormément et sur lequel elle a mené de nombreuses recherches, multipliant les sources. Vous pouvez retrouver son univers sur son compte Instagram, juste ici.

Qu’est-ce que bloomôwly ?

bloomôwly est un blog permettant aux Sorcières Modernes de s’exprimer en toute liberté. Vous y retrouverez des interviews de ces femmes, issues de professions diverses et aux croyances hétéroclites. Vous retrouverez également régulièrement des « articles invités » sur des thèmes divers et variés tenant à cœur aux autrices. Enfin, le partage étant l’une des valeurs phares du blog, vous trouverez sur bloomôwly des conseils, de l’aide et des réflexions liées à la spiritualité, à l’ésotérisme, à la nature et au féminin.